2 novembre 1837

« 2 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 5-6], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8941, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon bien cher petit homme. Avez-vous mieux dormi que moi cette nuit ? J’en doute, quoique cependant j’aie à peine ferméa les yeux. Je ne sais à quoi cela tient. Il fait cependant beau et je vous aime de toute mon âme, toutes raisons qui tiennent une femme éveillée, à ce qu’il paraît.
Je suis prête à recommencer un autre dépouillement1, qui ne ruinera pas le CD ni le S2 – ces messieurs ont le gousset trop bien garnib3.
Savez-vous, mon Toto, que je vous ai à peine vu hier ? Savez-vous que j’ai le plus grand besoin de vous voir mon cher petit homme, et que je donnerais volontiers toute ma vie pour une bonne heure avec vous ? Si vous pensiez un peu à moi vous seriez venu un peu ce matin, le soleil vous aurait réchauffé et moi je me serais réjouie de votre présence tant désirée et si vivement regrettée. Maintenant si vos affaires vous le permettent, voudrez-vous me faire sortir un peu ? Je sens bien que la vie tout à fait sédentaire favorise mes maux de tête au-delà de mes besoins. Tâchez donc, mon cher bijouc, de me faire sortir un peu. Jour pa, jour man. Je t’aime mon petit Toto. Je t’aime plus que jamais je ne l’ai fait. Ma vie tout entièred a passée dans mon amour. Si tu veux en juger, viens, tu verras si mes yeux et ma bouche démentent mes paroles.

Juliette


Notes

1 Juliette se charge d’éplucher les vieux journaux pour amasser des informations sur les comptes du théâtre, le nombre de représentations, etc., en vue du procès que prépare Hugo (voir également les lettres des 3 et 4 novembre).

2 Les initiales réfèrent à Casimir Delavigne et à Scribe.

3 Avoir le gousset garni : expression familière signifiant « ne pas manquer d’argent ».

Notes manuscriptologiques

a « fermer ».

b « garnis ».

c « bijoux ».

d « toute entière ».

e « passée ».


« 2 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 7-8], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8941, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonsoir mon petit Toto bien aimé. Êtes-vous près de moi afin que ma pensée ait moins d’espace à franchir pour vous trouver ?
J’ai trouvé Mme Pierceau et son enfant beaucoup mieux et déjà on conçoit l’espoir de l’élever. Le pauvre petit, il aura bien assez souffert1. Si jamais vous me faites un petit enfant, je l’élèverai moi-même, je vous préviens, et je le rendrai très méchant pour que la ressemblance avec vous soit parfaite. En attendant je vis dans la continence la plus absolue. C’est pas très amusant. N’est-ce pas Toto que c’est pas très amusant, même quand on peut se brosser2 toutes sortes de choses ?
Voici qu’on dit qu’il pleut à versea. Pourvu que tu sois à l’abri mon pauvre petit homme. J’ai les oreilles et la poitrine fatiguées des cris que fait ce pauvre enfant. Je n’ai jamais rien entendu de pareil. Si vous en faisiez de pareils cris je vous donnerais joliment le fouet sur votre [q ?] (c’est plus honnête).
Mon cher petit o, mon gros To, je t’aime. Il y a bien longtemps que je ne te l’ai dit, aussi ça me déborde. Je le dis à toute la nature. Je t’aime mon Toto chéri. Je t’aime, je t’adore. Soirpa. Soir man. Il fait un temps du diable. On frappe, c’est sans doute toi.

Juliette


Notes

1 Le fils de Mme Pierceau a été récemment victime d’un accident, par négligence de la nourrice (voir les lettres du 27 au 30 octobre 1837).

2 En argot, le verbe « se brosser » peut être suivi de différents compléments d’objet direct (« se brosser le ventre », « se brosser la boutonnière », etc.), signifiant « se passer de nourriture » ou plus généralement « se passer de quelque chose ».

Notes manuscriptologiques

a « averse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.

  • 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
  • 26 juinLes Voix intérieures.
  • 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
  • 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.